PRESENTATION

 

Les armatures de projectile ont toujours eu une grande importance dans l’histoire de l’archéologie préhistorique. Vestiges très visibles des activités de subsistance de l’homme préhistorique, elles ont frappé l’imagination des préhistoriens comme des non spécialistes, et ce, depuis les débuts de la discipline. Nombre d’armatures de projectile ont ainsi servi à la reconnaissance et à la délimitation de cadres chrono culturels de plus en plus précis (Knecht H., 1991) . Pendant près de soixante ans, les pointes de projectile, tant en matière dure animale qu’en pierre, on été utilisées comme fossiles directeurs pour tenter d’affiner ces cadres chrono-culturels sans que l’on se soucie vraiment d’expliquer les processus de modification de la morphologie de ces pièces en termes de modification des synergies des différents matériaux et d’ efficacité du projectile (Knecht H., 1991) .

Les origines

Les armes de jet semblent faire leur apparition dès – 400000 ans en Europe comme l’attestent les lances de Shoningen (Dennell R., 1997) , leringhen (Movius H.L., 1950) ou encore Clacton on Sea (Oakley K.P., Andrews P. et al., 1977) . Pourtant, ces lances, ou épieux, ne sont pas encore équipés de pointe projectile rapportées. Les armatures de projectile paraissent faire leur apparition durant le moustérien comme tendrait à le prouver la découverte de Um El Tlel (sp ?) en Syrie (Boeda E., Geneste J.-M. et al., 1999) . Pourtant c’est au début du Paléolithique Supérieur que va avoir lieu la révolution la plus visible concernant les armatures de projectile. L’homme commence à utiliser les matières dures animales pour la fabrication de ses pointes de projectile. La multiplicité des matières premières et des morphologies éclate dès l’aurignacien : on utilise en grande majorité les bois de cervidé (renne et cerf) mais aussi l’ivoire et l’os ainsi, bien sur, que la pierre. Différents types d’emmanchements sont mis en œuvre, pour les projectiles en matière dure animale, dont certains perdureront jusqu’à la fin du Paléolithique Supérieur. Plusieurs types de pointes de projectile se côtoient au cours d’une même période. La question du mode de propulsion reste en suspens. La morphologie des éléments renseigne difficilement sur le sujet mais différentes études fonctionnelles sur des pointes de projectile variées semblent indiquer que le propulseur pourrait avoir été utilisé dès le Gravettien voir l’Aurignacien. Ce n’est pourtant qu’au Solutréen supérieur. que l’utilisation du propulseur sera confirmée avec la découverte des crochets de propulseur de Combe Saunière en Dordogne et du placard en Charente, le propulseur fait définitivement son entrée dans la panoplie des armes à la disposition des hommes préhistoriques. Les premières traces indubitables de l’arc ne feront leur apparition que durant le mésolithique dans le nord de l’europe.

Les études

On a d’abord qualifié de « pointe de projectile » tout objet manufacturé possédant une extrémité vulnérante (Bardon L., Bouyssonnie A et al., 1908) investissant, de ce fait, tout objet pointu de la fonction potentielle d’armature de projectile sur des critères de morphologie assez subjectifs. De même, certaines pièces ont été classées dans les pointes par analogie avec des éléments observables dans le domaine de l’ethnologie (Mortillet A. De, 1891, 1910) . Mais ce terme de « pointe de projectile » s’est révélé inapproprié. Tout d’abord, le mot « pointe » ne fait référence, de fait, qu’à une seule catégorie d’objet : les armatures de projectiles axiales. Le terme « d’armature »est donc bien plus approprié puisqu’il englobe les armatures de projectile axiales et latérales De plus, dans les typologies classiques, le terme de pointe a été octroyé que sur des critères morphologiques à des objets dont la fonction peut être très différente.

Dans le but de dépasser ce niveau d’analyse assez sommaire, depuis plus d’une vingtaine d’années, la recherche sur les technologies de projectile s’est surtout focalisée sur les études technologiques et fonctionnelles des armatures, tant en matériaux lithiques qu’en matière dure animale. Ainsi les études de Fisher, Vemming Hansen et Rasmussen ou celles de Odell et Cowan pour le lithique (Fischer A., Vemming Hansen P. et al., 1984, Odell G.H.et Cowan F., 1986) et les travaux de Arnt et Newcomer ou encore Guthrie pour les matières dures animales (Arndt S.et Newcomer M., 1986, Guthrie R. D., 1983) , ont ouvert la voie et démontré qu’il existait de stigmates, tant macroscopiques que microscopiques, diagnostiques de l’utilisation d’objets façonnés en tant qu’armatures de projectiles. La première conséquence de ces travaux a été de lever le doute quand à la fonction d’un certain nombre de pièces archéologiques, ce qui a entraîné la possibilité de mieux catégoriser l’évolution des techniques cynégétiques.

En France, le groupement des Technologies Fonctionnelles, des Pointes de Projectile Solutréennes (TFPPS) dirigé par J.M. Geneste a mené une étude technologique et fonctionnelle de pointes à cran solutréennes très approfondie mettant en évidence différentes chaînes opératoire de fabrication de l’objet ainsi que, potentiellement, différents modes de propulsions envisageables pour ces pointes de projectiles. Cette étude, qui a aussi porté sur les autres armatures de projectiles supposées pour le solutréen supérieur, a donc permi de positionner les pointes à cran solutréennes dans le contexte général des armatures de projectiles solutréennes (Geneste J.M.et Plisson H., 1990, Geneste J.-M.et Plisson H., 1986 , Plisson H.et Geneste J.-M., 1989) .

Pourtant, la grande majorité des travaux effectués jusque la s’est focalisée sur les armatures de projectiles axiales (pointes à cran, feuilles de laurier, Gravettes et micro gravettes, sagaies Aurignaciennes pour n’en citer que quelques unes) en contournant tout un pan du sujet : les armatures de projectile composites. Ce relatif abandon est  lié à un certain nombre de facteurs. D’une part, seules deux découvertes, en France, apportent la preuve de l’existence et de l’utilisation de ces armatures de projectile pour le paléolithique supérieur. La sagaie composite découverte à Pincevent (Seine et Marne)dont la partie en bois animal est fortement dégradée contient deux lamelles de silex retouchées (Leroi-Gourhan A., 1983)  ; la sagaie de l’abri Blanchard à Saint Marcel (Indre) contient des fragments de silex:dans une rainure et a été réutilisée comme ciseau ce qui explique son état (Allain J.et Descout J., 1957) . Ces deux découvertes sont datées du Magdalénien. Pourtant les lamelles utilisées pour la sagaie composite de Pincevent sont des objets ubiquistes qui se retrouvent tout au long du paléolithique supérieur sans grandes distinctions de forme. De plus, les pointes de sagaie rainurées qui semblent conjointes à l’utilisation des microlithes se retrouvent aussi dans différentes cultures du paléolithique supérieur (à préciser). D’autre part, les référentiels mis en place pour l’étude des micro et macrotraces présentes sur les armatures axiales semblent mal s’appliquer aux armatures latérales probablement à cause de leur position relative sur le projectile ainsi qu’à cause de leur petite taille.

    Buts

L'objectif de cette thèse est de déterminer quels sont les choix qui ont présidé à l'apparition et à l’utilisation des armatures de projectiles composites. ces armatures représentent l’alliance de la pierre et de la matière dure animale et sont, de ce fait, très différentes des autres armatures de projectiles connues.

L’étude des rares exemplaires conservés servira de base au développement d’une recherche expérimentale importante et aux variables contrôlées. Cette étude permettra de modéliser les différents éléments des armatures de projectile composites en vue d'obtenir des résultats concernant les modes de fonctionnement mécaniques ainsi que les réactions potentielles à l'environnement extérieur. Les synergies mises en œuvre afin d’unir les différents matériaux composant ces armatures de projectile seront décomposées ainsi que les modes de sélection des différents matériaux mis en œuvre pour l’élaboration de l’objet

Puis nous nous attacherons à mettre en évidence les modes de fonctionnement du projectile ainsi assemblé. Nous tenterons de savoir quelle est l’efficacité d’un tel projectile comparativement aux projectiles en pierre ou en matière dure animale.

Mais cette étude expérimentale comporte un défaut, en effet, elle ne porte que sur les aspects fonctionnels et techniques des pointes de projectiles composites. Ors, tous les choix effectués ne sont pas uniquement liés a des alternatives techniques. Les résultats de l’expérimentations seront donc d’une part confrontés aux données issues de l’archéologie et d’autre part, aux données issues de l’ethnographie.

 Ainsi, cette étude, en éclairant les technologies de projectile d'un jour nouveau, permettra une meilleure compréhension des questions qui y sont liées et plus généralement une meilleure compréhension des comportements cynégétiques durant le Paléolithique Supérieur européen.

 

Bibliographie

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ARNDT S. et NEWCOMER M. (1986) - breakage patterns on prehistoric bone points: an experimental study, in dir., studies in the upper paleolithic of britain and northwest europe, vol. 296, BAR international series,

BARDON L., BOUYSSONNIE A et BOUYSSONIE J. (1908) - La grotte de La Font-Robert, Congrès d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques, compte rendu de la treizième session, Monaco 1906, t.2, n° p. 172-184.

BOEDA E., GENESTE J.-M., GRIGGO C., MERCIER N., MUHESEN S., REYSS J.L., TAHA A. et VALLADAS H. (1999) - A levalois point embedded in the vertebra of a wild ass (Equus Africanus): hafting, projectiles and Mousterian hunting weapons, Antiquity, n° 73, p. 394-402.

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GUTHRIE R. D. (1983) - osseous projectile points:  biological considerations affecting raw material and design among the paleolithic and paleoindian people, in dir., Animal and archeology, 1. Hunters and their prey, vol. 163, BAR international series, 273.

KNECHT H. (1991) - Technological inovation and design during the early upper paleolithic: a study of organic projectile technologies.,New-York university

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ODELL G.H. et COWAN F. (1986) - Experiments with spears and arrows on animal targets, JOURNAL OF FIELD ARCHEOLOGY, t.13, n° p. pp. 195-212.

PLISSON H. et GENESTE J.-M. (1989) - Analyse technologique des pointes à cran solutréennes du Placard (Charente), du Fourneau du Diable, du Pech de la Boissière et de Combe Saunière (Dordogne), Paléo, t.1, n° p. . pp. 65-106.

 

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